L’influence de Robert Heinlein sur Elon Musk

A l’heure où j’écris ces lignes, Elon Musk est un homme plus que controversé. Un petit rappel rapide est nécessaire: homme le plus riche du monde, il doit le début de sa fortune à une société qu’il a vendu à Compaq puis à la cofondation d’une banque en ligne, X.com (il est déjà obsédé par cette lettre) qui fusionnera pour devenir Paypal. Depuis, il a fondé SpaceX (entreprise d’aérospatial qui lui permettra plus tard de mettre au point Starlink, son réseau de satellites), est devenu patron de Tesla (qu’il n’a pas fondé, contrairement à ce qu’il aimerait parfois faire croire) puis à racheter à grand frais Twitter. Il a également fondé Neuralink, une entreprise de neurotechnologie qui travaille sur une interface cérébrale homme/machine. Il n’a jamais caché que la conquête spatiale était un de ses projets qui lui tenait le plus à cœur, en particulier avec la conquête de Mars.

Elon Musk

Etre l’homme le plus riche du monde attire forcément les convoitises, la controverse. Mais Musk n’en est pas resté là. En 2024, il prend parti pour Donal Trump dans la course à la présidentielle américaine. Il met à contribution la puissance de son réseau social X (anciennement Twitter) qu’il avait racheté pour 44 milliards de dollars. A l’époque, beaucoup voyait cette acquisition comme une lubie de milliardaire: s’offrir un réseau social en déficit et sans espoir d’avoir un retour sur investissement semblait complètement fou. Il prétextait alors faire ça pour la liberté d’expression. Il semble plutôt qu’il avait déjà des velléités d’influencer la politique américaine au plus haut niveau. Au vu du résultat, on peut finalement dire que c’était un coup de génie. Trump ne s’y est pas trompé en le nommant à un poste à sa mesure, président du DOGE, soit le département à l’efficacité du gouvernement. Et depuis, entre les décisions qu’il a pu prendre pour faire gagner de l’argent au gouvernement (il annonce pouvoir faire économiser 2000 milliards de dollars, plus c’est gros, plus ça passe) en utilisant des méthodes que nous qualifierons au mieux de radicales (renvoyer des employés essentiels dans le nucléaire civil pour tenter de les réintégrer quand on s’aperçoit que même s’ils coûtent chers, ils sont réellement indispensables et non remplaçables) et ses propos et ses actes (soutien de l’AFD en Allemagne, salut nazi lors de l’investiture de Trump), son image s’est largement dégradée.

Et pourtant, en relisant dernièrement Robert Heinlein, je me suis posé des questions sur Musk et ses influences. Un peu de contexte d’abord. Heinlein est un auteur de SF (science fiction) de ce qu’on à l’habitude de nommer l’âge d’or (tout était encore à inventer). Cette période a duré 20 ans environ, jusqu’à la fin des années 50. Plusieurs auteurs extrêmement influents font partie de cette vague créatrice. On pourra nommer dans les plus connus Asimov (les robots, Fondation), Bradbury (Fahrenheit 451), Clarke (2001 l’odyssée de l’espace) ou encore K. Dick (dont les oeuvres ont été adaptées avec grand succès au cinéma avec Minority report, Blade runner, Starship Troopers ou bien encore Total Recall).

Il est plus facile de soulever mille hommes en s’adressant à leurs préjugés que d’en convaincre un seul à l’aide de la logique.

Robert Heinlein

Heinlein est un auteur aux idées plutôt arrêtées: libertarien assumé et revendiqué (pour un libertarien, rien n’est plus important que la liberté individuelle et l’état devrait être réduit au strict minimum…), il a pu être accusé d’avoir des penchants fascistes suite à son roman « Etoiles, garde à vous ». La réalité semble plus nuancée, Heinlein ayant dans sa jeunesse pris des positions parfois paradoxales. Son positionnement à la droite de l’échiquier politique américain en vieillissant et un roman peut être mal compris l’ont vendu à la postérité comme auteur fasciste. En tout cas, aujourd’hui, les fascistes de tout bord s’en revendiquent.

L’homme qui vendit la lune, recueil de nouvelles, premier volume des Histoires du futur de Heinlein

Mais est ce là ce qui attire Musk? Ces relents de fascisme daté, l’odeur de la polémique? Parce que oui, Musk a bien lu Heinlein et il adore, il se trouve même que c’est un de ses auteurs préférés. Et bien peut être, mais pas seulement et en tout cas de façon mineure. Il faut d’abord comprendre l’univers et les héros de Heinlein. Et c’est, je pense, ce qui a plus attiré et marqué Musk dans sa jeunesse, au point d’en faire un exemple, une référence. Ses héros, des hommes, sont souvent plus intelligents. Plus intelligents au point que ce sont eux qui devraient diriger sans entrave l’homme du commun. Bref, une élite intellectuelle qui se caractérise aussi par l’utilisation de la technologie comme réponse à tous les problèmes (techno-solutionnisme). Les héros de Heinlein sont des pionniers qui repoussent les limites de la technologie, prennent des risques en inventant des choses révolutionnaires, font parfois des choses qui paraissent sur le moment contre productives pour la population à court terme, mais s’avère au final un bien pour l’humanité toute entière. Et à la lecture des nouvelles de Heinlein, je suis persuadé que Musk se prend pour un héros de ces romans. Tesla? Le développement de la voiture électrique permettra de sauver le climat! SpaceX? L’humanité va pouvoir sortir de son berceau et entamer la colonisation de son système solaire, puis de la galaxie! Sauf qu’il ne se rend pas compte qu’il n’est pas le héros qu’il pense être, mais un salaud milliardaire qui au lieu de résoudre les problèmes de l’humanité est plutôt en train de faire l’exact inverse.

Avec tout ça, peut on conseiller la lecture de Heinlein? Sa production pourrait passer pour datée. Ses romans de SF sont les témoins de son époque, s’inquiétant à juste titre des névroses d’e son époque d’une période révolue. Point d’internet, pas de dystopie à base de dérèglement climatique ici. Néanmoins, si on arrive à se mettre dans le contexte, la lecture de ses romans reste très agréable, avec un style et des réflexions certes démodées mais qui gardent un charme avec un optimisme inoxydable comme quoi l’humanité arrivera toujours à ses fins grâce à son intelligence.

A noter que pour cet article, je me suis aperçu que je n’étais pas le seul (ça aurait été étonnant) à rapprocher les héros de Heinlein et Musk. Je conseille en particulier cette page pour qui, si on veut comprendre Elon Musk, il faut avoir lu Heinlein.

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